Revendre un lingot ou des pièces d'or déclenche une imposition dans deux régimes possibles, et le choix entre les deux peut faire varier la note du simple au triple. Par défaut s'applique la taxe forfaitaire sur les métaux précieux : 11,5 % du prix de vente, gain ou pas gain. Sur option, et à condition de produire une facture d'achat nominative, on bascule sur le régime des plus-values de cession de biens meubles : 37,6 % du seul bénéfice en 2026, avec un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième — donc une exonération totale après 22 ans. La règle de décision tient en une ligne : tant que le gain représente moins d'environ 31 % du prix de vente, l'option plus-value est la moins coûteuse. Encore faut-il avoir gardé la facture.
Sources vérifiées : articles 150 VI à 150 VM du Code général des impôts ; formulaire 2091-SD (taxe forfaitaire sur les cessions ou exportations de métaux précieux) et formulaire 2092-SD (option pour le régime de droit commun des plus-values), impots.gouv.fr ; taux des prélèvements sociaux 2026 sur les revenus du patrimoine. À jour au 14 août 2026 — vérifiez le taux en vigueur sur impots.gouv.fr avant toute cession importante.
Les deux régimes en un tableau
| Taxe forfaitaire (TFMP) | Régime des plus-values (sur option) | |
|---|---|---|
| Assiette | Le prix de vente total | La plus-value seule (prix de vente – prix d'achat) |
| Taux 2026 | 11,5 % (11 % + 0,5 % de CRDS) | 37,6 % : 19 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux |
| Abattement pour durée | Aucun | 5 % par an au-delà de la 2e année → exonération à 22 ans |
| Justificatif exigé | Aucun | Facture ou acte prouvant la date et le prix d'acquisition |
| Formulaire | 2091-SD | 2092-SD |
| Délai | Dans le mois de la cession | Dans le mois de la cession |
Le taux de 37,6 % intègre la hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine appliquée en 2026 ; notre guide sur la flat tax et les prélèvements sociaux détaille cette évolution et les revenus concernés.
Attention à ne pas confondre les catégories. Les bijoux, objets d'art, de collection et d'antiquité relèvent d'une taxe forfaitaire réduite à 6,5 % (6 % + 0,5 % de CRDS) et sont exonérés lorsque le prix de cession n'excède pas 5 000 €. Cette exonération de 5 000 € ne s'applique pas aux lingots et pièces d'investissement : un lingot vendu 3 000 € reste taxable dès le premier euro.
Le calcul qui décide : un exemple chiffré
Un lingot d'un kilo acheté 45 000 € il y a 6 ans, revendu 62 000 €.
Option 1 — taxe forfaitaire : 62 000 × 11,5 % = 7 130 €.
Option 2 — régime des plus-values :
- plus-value brute : 62 000 – 45 000 = 17 000 € ;
- abattement : 6 ans de détention, soit 4 années au-delà de la deuxième → 20 % ;
- plus-value imposable : 17 000 × 80 % = 13 600 € ;
- impôt : 13 600 × 37,6 % = 5 114 €.
L'option fait économiser plus de 2 000 € — à condition de détenir la facture d'achat de 2020.
Le seuil de bascule. La taxe forfaitaire coûte 11,5 % du prix ; le régime des plus-values, 37,6 % du gain après abattement. Les deux s'égalisent lorsque le gain net d'abattement représente environ 31 % du prix de vente. En dessous, l'option plus-value gagne ; au-dessus, la taxe forfaitaire redevient plus favorable — ce qui arrive typiquement pour de l'or acheté il y a longtemps et très peu de temps détenu au sens fiscal, ou acheté à un cours très bas. Faites le calcul dans les deux sens avant de signer le bordereau chez le professionnel.
Qui déclare et qui paie
Vente à un professionnel établi en France (comptoir d'or, banque, numismate) : c'est lui qui déclare et verse la taxe pour votre compte, et vous remet un bordereau. Vous devez cependant lui indiquer avant la vente si vous optez pour le régime des plus-values, en lui remettant vos justificatifs — l'option ne se rattrape pas après coup.
Vente entre particuliers, ou à un acheteur établi hors de France, ou exportation : c'est au vendeur de déposer le formulaire (2091-SD ou 2092-SD) accompagné du paiement auprès du service des impôts, dans le mois qui suit la cession. C'est le cas le plus souvent oublié, et le plus coûteux : le retard expose aux pénalités de droit commun.
Un point pratique : le paiement en espèces est proscrit pour l'achat de métaux précieux par un professionnel. Un comptoir qui propose de régler « en liquide, sans papier » vous prive de toute preuve — et donc de l'option plus-value lors de la revente suivante.
Or hérité ou reçu en donation : le cas le plus fréquent
Beaucoup de vendeurs n'ont jamais acheté leur or : ils l'ont hérité. Le réflexe habituel est de considérer qu'aucune facture n'existe et donc de subir la taxe forfaitaire. C'est souvent une erreur.
Lorsque l'or a été déclaré dans une succession ou une donation, l'acte notarié ou la déclaration de succession mentionne sa valeur et sa date : ces éléments tiennent lieu de prix et de date d'acquisition pour le calcul de la plus-value. La durée de détention se compte alors à partir de la date du décès ou de la donation.
Deux conséquences très concrètes :
- Faire évaluer et inscrire les métaux précieux dans la déclaration de succession protège l'héritier au moment de la revente, en plus de sécuriser la déclaration elle-même. Notre guide sur les frais de succession rappelle le barème et les abattements applicables.
- Un or hérité et revendu peu après le décès n'a mécaniquement presque aucune plus-value : le régime des plus-values aboutit alors souvent à une imposition très faible, là où la taxe forfaitaire prélèverait 11,5 % du prix.
Conservez systématiquement : factures d'achat nominatives, bordereaux de vente, acte de notoriété ou déclaration de succession, attestations d'évaluation. Sans ces pièces, l'administration applique la taxe forfaitaire.
Quand ce raisonnement ne s'applique pas
- Or « papier » (ETF, certificats, actions de sociétés minières) : ce sont des valeurs mobilières, imposées au prélèvement forfaitaire unique, pas au régime des métaux précieux.
- Achat d'or d'investissement : il est exonéré de TVA à l'acquisition, ce qui ne change rien à la fiscalité de la revente.
- Impôt sur la fortune immobilière : l'or n'entre pas dans l'assiette de l'IFI, qui ne vise que le patrimoine immobilier.
- Cession inférieure à 5 000 € : l'exonération vise les bijoux et objets d'art, jamais les lingots ni les pièces d'investissement.
Erreurs fréquentes
- Jeter la facture d'achat. C'est elle, et elle seule, qui ouvre l'option plus-value et l'exonération à 22 ans.
- Croire que 22 ans de détention exonèrent automatiquement. L'exonération n'existe que dans le régime des plus-values, donc uniquement sur option et sur justificatifs.
- Choisir la taxe forfaitaire par défaut alors que le gain est faible. Sur un or acheté cher et revendu peu au-dessus, 11,5 % du prix peut dépasser l'intégralité du bénéfice.
- Oublier la déclaration dans le mois en cas de vente entre particuliers ou à l'étranger.
- Confondre lingots et bijoux : les taux (11,5 % contre 6,5 %) et l'exonération de 5 000 € ne se transposent pas.
- Vendre l'or d'une succession avant de l'avoir fait évaluer et déclarer, et perdre ainsi la référence de prix qui aurait servi de base au calcul.
FAQ
Faut-il déclarer la vente d'or dans sa déclaration de revenus annuelle ?
Non. L'imposition est liquidée à la cession, sur le formulaire 2091-SD ou 2092-SD, dans le mois qui suit. Elle n'a pas à être reportée dans la déclaration de revenus de l'année suivante.
Peut-on changer d'avis après la vente et opter pour le régime des plus-values ?
Non. L'option se formule au moment de la cession, auprès du professionnel acheteur ou lors du dépôt de la déclaration. Elle suppose de disposer des justificatifs à cet instant.
Combien de temps faut-il détenir de l'or pour ne rien payer ?
22 ans, dans le régime des plus-values : l'abattement de 5 % par année au-delà de la deuxième conduit à une exonération totale d'impôt et de prélèvements sociaux. La taxe forfaitaire, elle, reste due quelle que soit la durée de détention.
Comment est traitée la revente de pièces d'or reçues en cadeau, sans aucun document ?
Sans preuve de date et de prix, seule la taxe forfaitaire de 11,5 % est applicable. Une évaluation postérieure ne remplace pas un justificatif d'acquisition.
L'or détenu à l'étranger doit-il être déclaré ?
L'or physique conservé dans un coffre à l'étranger relève d'obligations déclaratives spécifiques, distinctes de celles applicables aux comptes bancaires. Faites valider votre situation par un professionnel ou auprès de votre service des impôts avant toute cession transfrontalière.
