Quand un proche entre en phase avancée ou terminale d'une maladie grave, deux droits distincts s'ouvrent et se cumulent. Le congé de solidarité familiale permet de s'absenter trois mois, renouvelables une fois : l'employeur ne peut ni le refuser, ni le reporter. L'allocation journalière d'accompagnement d'une personne en fin de vie (AJAP) le rend finançable, à hauteur de 64,93 € bruts par jour depuis le 1er avril 2026, pendant 21 jours maximum.
Ce guide sert surtout à ne pas se tromper de dispositif : beaucoup de familles demandent le congé de proche aidant et son AJPA, conçus pour la perte d'autonomie durable, là où la situation relève de la fin de vie — avec des conditions, une durée et un montant journalier différents.
Qui peut en bénéficier, et pour accompagner qui ?
Le congé de solidarité familiale s'adresse à tout salarié, sans condition d'ancienneté, qui souhaite assister un proche souffrant d'une pathologie mettant en jeu le pronostic vital, ou en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause (congé de solidarité familiale, Assurance Maladie).
Le cercle des personnes que vous pouvez accompagner est plus large qu'on ne le croit :
- un ascendant — parent, grand-parent ;
- un descendant — enfant, petit-enfant ;
- un frère ou une sœur ;
- une personne partageant le même domicile : conjoint, partenaire de PACS, concubin, mais aussi toute autre personne vivant sous le même toit ;
- une personne qui vous a désigné comme sa personne de confiance.
Ce dernier cas mérite d'être souligné : il ouvre le droit hors de tout lien familial. Si un voisin, un ami de longue date ou un ancien collègue vous a désigné comme personne de confiance, vous pouvez prendre ce congé. C'est l'une des raisons pour lesquelles la désignation mérite d'être formalisée à temps — voir notre guide sur les directives anticipées et la personne de confiance.
Trois mois renouvelables, que l'employeur ne peut pas refuser
Le congé est accordé pour une durée de trois mois, renouvelable une fois, soit six mois au maximum. Une convention ou un accord collectif peut prévoir mieux.
Il peut être pris de deux façons, et ce choix a des conséquences financières directes :
- en congé complet, l'activité étant totalement suspendue ;
- transformé en période d'activité à temps partiel, avec l'accord de l'employeur.
Le point déterminant : l'employeur ne peut ni le refuser, ni le reporter. Il ne dispose d'aucun pouvoir d'appréciation sur l'opportunité du congé, contrairement à d'autres absences.
Les délais à respecter sont courts mais stricts, et se traitent par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé :
| Formalité | Délai |
|---|---|
| Informer l'employeur du départ en congé | au moins 15 jours avant le début |
| Demander le renouvellement | au moins 15 jours avant la fin du congé initial |
| Annoncer la date de retour | au moins 3 jours avant |
Le congé prend fin soit au terme prévu, soit dans les trois jours suivant le décès, soit à une date antérieure si vous le décidez. À l'issue, vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire assorti d'une rémunération au moins équivalente.
L'AJAP : 64,93 € par jour, mais seulement 21 jours
Le congé n'est pas rémunéré par l'employeur. C'est l'AJAP qui prend le relais, versée par votre caisse d'assurance maladie (bénéficier de l'AJAP, Assurance Maladie).
| Situation | Montant brut par jour | Durée maximale |
|---|---|---|
| Congé de solidarité familiale complet | 64,93 € | 21 jours |
| Congé transformé en activité à temps partiel | 32,47 € | 42 jours |
Ces montants s'appliquent depuis le 1er avril 2026. L'allocation est versée pour des jours ouvrables ou non — les week-ends comptent.
Le décalage est ici la principale source de désillusion : le congé dure jusqu'à six mois, l'allocation vingt-et-un jours. Sur un congé complet de trois mois, l'AJAP couvre environ 1 363 € bruts au total. C'est un soutien réel, pas un revenu de remplacement. Anticipez la suite : épargne disponible, solidarité familiale, don de jours de repos entre collègues, ou passage à temps partiel pour étaler les 42 demi-allocations sur une période plus longue.
Deux règles d'arrêt à connaître :
- en cas de décès pendant la période, l'allocation s'interrompt le lendemain du décès ;
- l'allocation n'est pas versée pendant une hospitalisation, sauf si celle-ci survient après le début de l'accompagnement à domicile. Une personne déjà hospitalisée au moment de la demande n'ouvre donc pas droit à l'AJAP.
Où l'accompagnement doit-il avoir lieu ?
C'est la condition la plus mal comprise, parce que les formulaires parlent d'accompagnement « à domicile ». Le domicile en question n'est pas nécessairement celui de la personne malade. L'accompagnement peut se dérouler :
- au domicile de la personne accompagnée ;
- à votre propre domicile, si vous l'accueillez ;
- au domicile d'un tiers ;
- en EHPAD.
Ce qui exclut l'allocation, ce n'est donc pas le lieu en tant que tel, mais l'hospitalisation — sauf lorsqu'elle intervient après le début de l'accompagnement. Un proche en EHPAD, ou accueilli chez vous, ouvre bien le droit. Lorsque des soins techniques lourds sont nécessaires au domicile, l'hospitalisation à domicile peut d'ailleurs prendre le relais sans faire perdre le bénéfice de l'AJAP.
Vous n'êtes pas salarié : les autres bénéficiaires
L'AJAP ne se limite pas aux salariés. Elle est également ouverte :
- aux demandeurs d'emploi indemnisés par France Travail, sur déclaration sur l'honneur de cessation de recherche active d'emploi motivée par l'accompagnement ;
- aux travailleurs non salariés, sur déclaration sur l'honneur de cessation d'activité, totale ou partielle ;
- aux exploitants agricoles et aux professions libérales ;
- aux fonctionnaires, qui disposent d'un congé de solidarité familiale propre, régi par le code général de la fonction publique.
Cette ouverture est décisive pour les aidants de 55 à 65 ans, souvent en fin de carrière, en recherche d'emploi ou en activité indépendante — précisément les situations où aucun employeur ne peut organiser une absence.
Monter le dossier : formulaire S3708 et certificat médical
La demande se fait auprès de votre caisse d'assurance maladie, avec deux pièces indissociables.
- Le formulaire S3708, « demande d'allocation journalière d'accompagnement à domicile d'une personne en fin de vie ».
- Un certificat médical établi par le médecin traitant de la personne accompagnée, attestant qu'elle est en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable.
S'y ajoute, selon votre statut, l'attestation de l'employeur confirmant le congé de solidarité familiale ou sa transformation à temps partiel, ou la déclaration sur l'honneur mentionnée plus haut.
À faire dans le bon ordre. Sollicitez le certificat médical dès que la situation est identifiée, pas au moment où vous partez. C'est la pièce qui conditionne tout et celle qui prend le plus de temps à obtenir, particulièrement quand le médecin traitant doit être vu en visite à domicile. Informez ensuite l'employeur en respectant le préavis de 15 jours, puis déposez le dossier complet.
Plusieurs proches peuvent se partager l'allocation pour accompagner la même personne : le total reste plafonné à 21 jours, répartis entre les accompagnants. C'est une organisation à décider en famille avant de déposer, pas après.
Congé de solidarité familiale ou congé de proche aidant : lequel demander ?
Les deux dispositifs sont voisins et souvent confondus. Ils ne répondent pas à la même situation.
| Congé de solidarité familiale (AJAP) | Congé de proche aidant (AJPA) | |
|---|---|---|
| Situation visée | pronostic vital engagé, phase avancée ou terminale | perte d'autonomie d'une particulière gravité ou handicap |
| Durée du congé | 3 mois, renouvelable une fois | fractionnable, étalée sur la carrière |
| Refus de l'employeur | impossible | encadré, avec préavis |
| Allocation, par jour | 64,93 € bruts | montant voisin, légèrement supérieur |
| Durée indemnisée | 21 jours (42 à temps partiel) | 66 jours par personne aidée, jusqu'à 264 jours sur la carrière |
| Organisme | caisse d'assurance maladie | CAF ou MSA |
Contrairement à une idée répandue, ce n'est pas le montant journalier qui sépare les deux dispositifs : ils sont très proches, l'AJPA étant même légèrement plus élevée. Ce qui les sépare, c'est la durée indemnisée — 21 jours contre 66 par personne aidée — et les conditions d'ouverture.
La règle de décision devient alors lisible : le pronostic vital oriente vers la solidarité familiale, la durée oriente vers le proche aidant. Si l'état est stabilisé mais l'autonomie durablement dégradée, le congé de proche aidant et son allocation — détaillés dans notre guide du congé proche aidant — offrent une couverture sans commune mesure. Le congé de solidarité familiale, lui, apporte ce que l'autre n'a pas : l'immédiateté, l'impossibilité pour l'employeur de refuser, et l'ouverture du droit sans avoir à justifier d'un niveau de perte d'autonomie — seul compte l'état de santé attesté par le médecin traitant. Dans une fin de vie qui s'installe, enchaîner les deux est souvent la meilleure stratégie.
Ces deux congés ne sont pas les seuls leviers : don de jours de repos, solutions de répit, soutien psychologique et enveloppe répit de l'APA sont réunis dans notre panorama des aides aux aidants familiaux.
Les erreurs les plus fréquentes
- Attendre le dernier moment pour demander le certificat médical. Sans lui, aucune allocation. C'est la pièce critique et la plus lente à obtenir.
- Confondre la durée du congé et celle de l'allocation. Trois à six mois d'un côté, vingt-et-un jours de l'autre : construire son budget sur la durée du congé mène droit au mur.
- Demander l'AJAP alors que le proche est déjà hospitalisé. L'allocation ne sera pas versée. Elle l'est en revanche si l'hospitalisation survient après le début de l'accompagnement.
- Prévenir l'employeur oralement. Le préavis de 15 jours se prouve : lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé.
- Ignorer le temps partiel. Transformer le congé permet de percevoir 42 demi-allocations au lieu de 21 pleines, en conservant une partie du salaire. Sur une fin de vie qui se prolonge, c'est souvent la formule la plus soutenable.
- Croire qu'il faut un lien de parenté. La désignation comme personne de confiance suffit.
FAQ
L'AJAP est-elle imposable et soumise à cotisations ?
Les montants annoncés par l'Assurance Maladie — 64,93 € et 32,47 € — sont des montants bruts : la somme effectivement virée est inférieure. Demandez à votre caisse le net attendu avant de bâtir votre plan de trésorerie sur les 21 jours, plutôt que de raisonner sur le brut affiché. L'écart, sur trois semaines, reste modeste, mais il s'ajoute à un budget déjà tendu par l'arrêt du salaire.
Puis-je enchaîner un congé de proche aidant et un congé de solidarité familiale ?
Oui, ce sont deux dispositifs distincts, avec leurs propres conditions et leurs propres allocations, et rien n'interdit de mobiliser l'un après l'autre. C'est même une séquence fréquente : un congé de proche aidant pendant la phase de perte d'autonomie, puis un congé de solidarité familiale lorsque le pronostic vital est engagé. Chaque demande suppose son propre dossier, son propre justificatif médical et son propre préavis à l'employeur.
Que devient mon contrat de travail pendant le congé ?
Le contrat est suspendu, pas rompu. À l'issue du congé, vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire assorti d'une rémunération au moins équivalente. La période est prise en compte pour la détermination des avantages liés à l'ancienneté. En revanche, le congé n'étant pas rémunéré par l'employeur, l'acquisition de congés payés et l'assiette de certaines primes peuvent être affectées : c'est un point à vérifier dans votre convention collective avant de choisir entre congé complet et temps partiel.
Mon employeur peut-il m'imposer de poser mes congés payés d'abord ?
Non. Le congé de solidarité familiale est un droit autonome : il ne peut être ni refusé, ni reporté, ni subordonné à l'épuisement préalable de vos congés payés ou de votre compte épargne-temps. Vous pouvez choisir de les utiliser en complément — c'est même une façon courante de compenser l'écart entre les 21 jours d'AJAP et la durée réelle du congé —, mais cela reste votre décision.
