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Allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) 2026 : montant et pièges

L'ASI porte vos ressources à 922,16 €/mois et, contrairement à l'ASPA, n'est jamais reprise sur la succession. Calcul, ressources retenues et formulaire S4151.

Vous percevez une pension d'invalidité modeste, vous n'avez pas encore l'âge d'accéder au minimum vieillesse, et vos ressources ne suffisent pas. L'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) est faite exactement pour ce trou : elle complète votre pension jusqu'à 922,16 € par mois pour une personne seule et 1 613,80 € pour un couple, montants applicables depuis le 1er avril 2026. Elle présente surtout un avantage que son cousin l'ASPA n'a pas : elle n'est pas récupérée sur votre succession. Vos héritiers ne rembourseront rien. Deux pièges pourtant la rendent moins efficace qu'elle ne devrait : elle n'est jamais attribuée d'office, et elle s'arrête brutalement à l'âge de l'ASPA — sans bascule automatique. Voici comment la calculer, la demander et ne pas perdre de mois.

Qui peut la percevoir

L'ASI s'adresse aux personnes qui n'ont pas encore atteint l'âge d'accès à l'ASPA et qui sont titulaires :

  • d'une pension d'invalidité servie par un régime de sécurité sociale ;
  • ou d'une pension de vieillesse substituée à une pension d'invalidité, notamment au titre de l'inaptitude au travail ;
  • ou d'une pension de réversion attribuée à un conjoint survivant lui-même invalide.

Trois conditions s'ajoutent :

  1. Une invalidité reconnue réduisant votre capacité de travail ou de gain, constatée par le régime qui vous verse la pension. L'ASI est un complément : elle ne s'obtient pas seule. Si vous n'êtes pas encore pensionné, la première étape est la reconnaissance elle-même, que nous détaillons dans notre guide sur la pension d'invalidité.
  2. Une résidence stable et régulière en France : métropole, départements d'outre-mer hors Mayotte, Saint-Martin et Saint-Barthélemy.
  3. Des ressources inférieures au plafond, apprécié selon les règles ci-dessous.

Combien vous touchez : un calcul purement différentiel

L'ASI n'est pas une somme forfaitaire. C'est la différence entre le plafond et vos ressources.

Montant de l'ASI = plafond applicable − ressources du foyer

Situation Plafond mensuel (depuis le 1er avril 2026) Plafond annuel
Personne seule 922,16 € 11 065,92 €
Couple (marié, pacsé ou en concubinage) 1 613,80 € 19 365,60 €

Ces plafonds sont revalorisés chaque année au 1er avril — la revalorisation d'avril 2026 s'est faite au taux de 0,8 %.

Exemple 1 — personne seule percevant 640 € de pension d'invalidité : l'ASI complète à hauteur de 922,16 − 640 = 282,16 € par mois. Ressources totales portées à 922,16 €.

Exemple 2 — couple dont l'un perçoit 700 € de pension d'invalidité et l'autre 500 € de salaire : ressources de 1 200 €. L'ASI s'élève à 1 613,80 − 1 200 = 413,80 € par mois.

Exemple 3 — personne seule percevant 950 € de pension : les ressources dépassent le plafond, aucune ASI n'est due. Mais le calcul mérite d'être refait chaque année après la revalorisation d'avril, et immédiatement en cas de baisse de revenus.

Les ressources retenues : ce qui compte, ce qui ne compte pas

C'est ici que beaucoup de demandes échouent inutilement, faute d'avoir vu qu'une partie des revenus n'entre pas dans le calcul.

La période examinée. La caisse retient la moyenne des ressources des trois derniers mois précédant la demande. Si ce calcul fait dépasser le plafond, elle examine les douze derniers mois — un mois exceptionnel (prime, indemnité) ne bloque donc pas définitivement le dossier.

Le patrimoine compte, mais pas à sa valeur faciale. Les biens mobiliers et immobiliers sont retenus à hauteur de 3 % de leur valeur vénale estimée au jour de la demande. Un bien locatif de 100 000 € pèse ainsi 3 000 € par an, soit 250 € par mois, dans le calcul.

Ce qui est exclu :

  • votre résidence principale ;
  • les bâtiments d'exploitation agricole ;
  • les prestations familiales ;
  • les aides au logement (APL, ALS) ;
  • la retraite du combattant.

Ce qui compte : la pension d'invalidité elle-même, les pensions de retraite, les revenus d'activité, les revenus fonciers et les revenus du capital, ainsi que les ressources de votre conjoint, partenaire de PACS ou concubin.

L'avantage décisif : aucune récupération sur succession

C'est le point qui distingue l'ASI de la plupart des minima sociaux, et la raison pour laquelle il ne faut pas hésiter à la demander.

L'ASI n'est pas récupérable sur la succession du bénéficiaire. La récupération a été supprimée à la suite de la réforme du dispositif, et cette suppression est aujourd'hui effective. Les sommes que vous percevez sont définitivement acquises : à votre décès, vos héritiers ne se verront réclamer aucun remboursement au titre de l'ASI.

Ce n'est pas le cas de l'ASPA, qui prend le relais après 62 ans et qui, elle, reste récupérable sur la succession au-delà d'un certain seuil d'actif net. Notre guide sur l'ASPA détaille ce mécanisme de reprise et ses seuils.

La conséquence pratique est nette : la crainte d'appauvrir ses enfants, qui dissuade tant de personnes de demander le minimum vieillesse, n'a aucun fondement s'agissant de l'ASI. Ne renoncez pas à ces mois d'allocation.

La démarche : formulaire, dépôt, effet

L'ASI n'est jamais attribuée automatiquement. Aucune caisse ne vous écrira spontanément pour vous signaler que vous y avez droit.

Le formulaire. La demande se fait au moyen du formulaire S4151 (« Demande d'allocation supplémentaire d'invalidité »), accompagné d'une déclaration de ressources.

Où le déposer : auprès de l'organisme qui vous verse votre pension.

Vous percevez… Déposez auprès de…
Une pension d'invalidité du régime général Votre CPAM
Une pension de vieillesse (inaptitude, réversion) Votre CARSAT (CRAMIF en Île-de-France)
Une pension du régime agricole Votre MSA

Pièces à joindre : le formulaire complété et signé, la notification de votre pension, vos justificatifs de ressources des douze derniers mois, une estimation de la valeur de vos biens autres que la résidence principale, un justificatif de résidence et un RIB.

Date d'effet. L'allocation prend effet au premier jour du mois suivant la réception de la demande, sous réserve que les conditions soient réunies. Elle n'est pas rétroactive : chaque mois de retard dans le dépôt est un mois perdu, et il ne se rattrape pas. Si vous hésitez sur votre éligibilité, déposez la demande — un refus ne coûte rien, un délai coûte de l'argent.

Une fois attribuée, l'ASI est révisée en fonction de vos ressources. Signalez tout changement de situation (reprise d'activité, mise en couple, séparation, héritage) : un trop-perçu non signalé fera l'objet d'une récupération sur vos versements suivants.

Le piège de la bascule vers l'ASPA

C'est l'angle mort du dispositif, et il coûte régulièrement plusieurs mois d'allocation.

Le droit à l'ASI prend fin dès que vous atteignez l'âge auquel vous pouvez prétendre à l'ASPA. Pour les bénéficiaires de l'ASI, cet âge n'est pas celui de 65 ans qui vaut dans le cas général : l'invalidité et l'inaptitude au travail ouvrent un accès anticipé au minimum vieillesse, aligné sur l'âge légal de départ à la retraite. Cet âge ayant été relevé progressivement de 62 à 64 ans selon les générations par la réforme de 2023, faites confirmer votre date exacte par votre caisse : c'est elle qui détermine le mois où votre ASI s'arrête. Notre guide sur l'ASPA détaille les conditions d'âge et les cas d'ouverture anticipée.

Or l'ASPA n'est pas attribuée d'office. Elle suppose une demande expresse, avec son propre formulaire, auprès de votre caisse de retraite. Entre l'arrêt de l'ASI et le début de l'ASPA, un trou de plusieurs mois est possible si la demande est déposée trop tard — et l'ASPA n'étant pas rétroactive, ces mois sont définitivement perdus.

Le réflexe : demandez à votre caisse, dès aujourd'hui, la date à laquelle votre ASI prendra fin, puis déposez votre demande d'ASPA environ trois mois avant cette date. Votre caisse peut vous adresser l'imprimé sur simple appel. Si vous n'avez aucune retraite personnelle, le dossier se dépose en mairie ou auprès du centre communal d'action sociale (CCAS).

Cette période est aussi celle où votre pension d'invalidité se transforme en pension de retraite. Les modalités de ce basculement, qui n'est pas toujours automatique lui non plus, sont détaillées dans notre guide sur le passage de l'invalidité à la retraite.

ASI ou AAH : les deux ne se cumulent pas

Si vous êtes reconnu handicapé, la question du choix se pose — et elle est tranchée : l'ASI et l'AAH ne sont pas cumulables.

Critère ASI AAH
Condition d'entrée Être titulaire d'une pension d'invalidité Taux d'incapacité reconnu par la CDAPH
Qui décide Votre caisse (CPAM, CARSAT, MSA) La MDPH, via la CDAPH
Nature Complément différentiel de pension Allocation autonome
Récupération sur succession Non Non
Fin du droit À l'âge d'accès à l'ASPA, qui prend le relais Règles propres selon le taux d'incapacité

En pratique, l'AAH est souvent plus favorable en montant, mais suppose une reconnaissance par la MDPH et des délais d'instruction plus longs. Comparez les deux avant de choisir : notre guide sur l'AAH précise les conditions et les montants. Rien ne vous interdit de demander l'ASI immédiatement pour ne pas perdre de mois, tout en engageant en parallèle une démarche MDPH.

Ce qu'il ne faut pas manquer autour de l'ASI

Avec des ressources plafonnées à 922,16 € par mois, vous vous situez très probablement sous les plafonds d'autres dispositifs qu'il serait dommage de laisser de côté :

  • La Complémentaire santé solidaire, qui prend en charge le ticket modérateur et supprime les restes à charge sur de nombreux soins. Vérifiez votre éligibilité avec notre guide sur la complémentaire santé solidaire : à ce niveau de ressources, elle est souvent accessible sans participation financière.
  • Les aides au logement, qui n'entrent pas dans le calcul de l'ASI et ne la réduisent donc pas.
  • Les exonérations de taxe d'habitation et de taxe foncière liées aux conditions de ressources et au statut d'invalidité.

Les erreurs les plus fréquentes

Ne pas demander parce qu'on redoute la reprise sur succession. C'est la confusion la plus coûteuse : cette crainte vaut pour l'ASPA, pas pour l'ASI.

Attendre d'avoir « tous » les justificatifs. L'absence de rétroactivité rend l'attente très coûteuse. Déposez le formulaire, la caisse vous réclamera les pièces manquantes.

Oublier de déclarer les ressources du conjoint. Le plafond couple est global : les ressources du conjoint, partenaire ou concubin entrent dans le calcul, y compris en l'absence de mariage. L'omission génère un indu.

Intégrer sa résidence principale dans l'estimation de patrimoine. Elle est expressément exclue. La déclarer par excès de prudence peut faire passer le dossier au-dessus du plafond à tort.

Laisser l'ASI s'arrêter sans avoir demandé l'ASPA. Le trou de ressources est réel, et il n'est pas rattrapable rétroactivement.

FAQ

L'ASI est-elle imposable ?

Non. L'ASI relève des allocations à caractère de secours et n'entre pas dans le revenu imposable. Elle n'a donc pas à être portée sur votre déclaration de revenus. En revanche, la pension d'invalidité qu'elle complète est, elle, imposable selon ses règles propres.

Puis-je travailler tout en percevant l'ASI ?

Oui, l'exercice d'une activité n'est pas interdit. Mais les revenus tirés de cette activité entrent dans le calcul des ressources et réduisent l'ASI à due concurrence, puisqu'elle est purement différentielle. Signalez toute reprise d'activité à votre caisse dès le premier mois : c'est la première cause d'indu à rembourser.

Que se passe-t-il si je me mets en couple ?

Le plafond applicable devient celui du couple (1 613,80 € par mois), et les ressources de votre conjoint, partenaire ou concubin sont prises en compte. Le résultat peut être une réduction, voire une suppression de l'allocation. Le changement doit être déclaré : la vie maritale est retenue au même titre que le mariage.

Mon dossier a été refusé il y a deux ans. Faut-il en redéposer un ?

Oui, si votre situation a changé — baisse de ressources, séparation, arrêt d'une activité — ou simplement parce que les plafonds sont revalorisés chaque 1er avril. Un refus n'est jamais définitif : il porte sur une situation à une date donnée. Refaites le calcul avec le plafond en vigueur avant de conclure.

L'ASI est-elle versée si je pars vivre à l'étranger ?

Non. L'ASI suppose une résidence stable et régulière en France, et cette condition est contrôlée. Un départ durable à l'étranger met fin au droit. Signalez tout projet d'installation hors de France à votre caisse avant de partir, pour éviter un indu qui vous serait réclamé au retour.

Sources officielles : allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) — ameli.fr, l'allocation supplémentaire d'invalidité — CRAMIF, allocation supplémentaire d'invalidité (Asi) — Service-Public.fr et circulaire CNAV de revalorisation au 1er avril 2026, consultées le 11 août 2026. Les plafonds étant revalorisés chaque 1er avril, vérifiez le montant en vigueur auprès de votre caisse avant tout calcul définitif.