Depuis le 1er septembre 2025, les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune se voient appliquer par défaut un taux individualisé de prélèvement à la source : chacun est prélevé selon ses propres revenus, et non plus au taux unique du foyer. Le montant total d'impôt du foyer ne change pas — seule la répartition entre les deux conjoints évolue. Si vous n'avez rien fait, ce basculement s'est appliqué automatiquement. Ce guide explique quel taux choisir entre individualisé, foyer et neutre selon votre situation, comment moduler votre taux quand vos revenus baissent (règle de l'écart de 5 %), et surtout comment éviter la majoration de 10 % prévue en cas de modulation trop optimiste.
Les trois taux possibles en 2026
| Taux | Ce qu'il applique | Pour qui c'est adapté |
|---|---|---|
| Taux individualisé (par défaut) | Un taux propre à chaque conjoint, calculé sur ses revenus persos | Couples avec un écart de revenus marqué entre les deux membres |
| Taux personnalisé (dit « taux foyer ») | Un taux commun calculé sur l'ensemble des revenus du couple | Couples aux revenus proches, ou qui veulent un traitement identique |
| Taux non personnalisé (dit « taux neutre ») | Un taux calculé uniquement sur le salaire versé, grille officielle | Salariés qui ne veulent pas transmettre leur taux à leur employeur |
Un point à retenir dans tous les cas : les revenus communs du foyer fiscal (revenus fonciers d'un bien détenu en commun, par exemple) restent soumis au taux du foyer, même si vous êtes chacun à votre taux individualisé.
Le taux, quel qu'il soit, est actualisé automatiquement chaque année en septembre à partir de votre dernière déclaration de revenus. C'est pour cela que votre prélèvement change souvent sur la paie de septembre sans que vous ayez rien demandé.
Le taux individualisé, désormais appliqué sans démarche
Jusqu'en août 2025, le taux individualisé était une option à demander. Depuis septembre 2025, c'est l'inverse : il s'applique par défaut aux couples mariés ou pacsés, et c'est le taux foyer qui devient une option.
Concrètement, dans un couple où l'un gagne 4 000 € par mois et l'autre 1 500 €, l'ancien taux unique prélevait proportionnellement autant sur les deux salaires. Avec le taux individualisé, celui qui gagne moins voit son prélèvement mensuel diminuer, celui qui gagne davantage voit le sien augmenter. L'impôt total dû par le foyer est strictement identique : il n'y a ni gain ni perte fiscale, seulement une répartition différente de la trésorerie au sein du couple.
Ce changement est neutre pour un couple qui met tout en commun. Il compte en revanche pour :
- les couples en séparation de biens ou qui gèrent des comptes distincts ;
- les situations où un seul des deux supporterait sinon l'essentiel du prélèvement sur son salaire ;
- les couples en instance de séparation, où le déséquilibre de prélèvement devient un sujet concret.
Quand revenir au taux foyer est le bon choix
Le taux personnalisé du foyer reste préférable si vos revenus et ceux de votre conjoint sont du même ordre de grandeur : l'individualisation n'apporte alors quasiment rien, et un taux unique simplifie la lecture des bulletins de paie.
Le retour au taux foyer se fait à tout moment, sans justificatif, depuis votre espace particulier sur impots.gouv.fr, rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ». Vous pouvez aussi le demander au moment de votre déclaration de revenus, en ligne ou sur le formulaire papier, ou par téléphone auprès des Finances publiques au 0809 401 401.
Comptez un délai d'environ deux mois pour que le nouveau taux redescende jusqu'à votre employeur ou votre caisse : le changement n'est jamais visible sur la paie du mois suivant. Ce circuit passe par la DSN de l'employeur, ce qui explique le décalage.
Le taux neutre : utile, mais rarement gratuit
Le taux non personnalisé — ou taux neutre — est calculé uniquement à partir du montant de la rémunération versée, selon une grille officielle, sans tenir compte de votre situation familiale ni de vos autres revenus. C'est l'option à retenir si vous ne souhaitez pas que votre employeur ait connaissance de votre taux réel, par exemple quand celui-ci révèle des revenus importants en dehors du salaire.
Il s'applique aussi automatiquement lorsque l'employeur ne dispose d'aucun taux : premier emploi, changement d'employeur, entrée sur le marché du travail.
Attention à la contrepartie, souvent découverte trop tard : le taux neutre est généralement plus élevé que le taux personnalisé, puisqu'il ignore vos charges de famille. Et s'il se révèle plus faible que votre taux réel, vous devez verser chaque mois à l'administration fiscale un complément égal à la différence. Choisir le taux neutre n'est donc jamais un moyen de payer moins : c'est un choix de confidentialité, qui suppose de suivre son espace fiscal de près.
Moduler son taux : la règle de l'écart de 5 %
C'est le levier le plus utile et le moins utilisé. La modulation permet d'adapter votre prélèvement en cours d'année à votre situation réelle, sans attendre l'actualisation automatique de septembre.
À la hausse, la modulation est libre : vous pouvez toujours demander à être prélevé davantage, par exemple pour éviter un solde important l'été suivant.
À la baisse, elle est encadrée. Elle n'est possible que s'il existe un écart de plus de 5 % entre le prélèvement qui résulterait de vos revenus estimés pour l'année en cours et celui que vous supporteriez sans modulation. Ce seuil était de 10 % jusqu'au 31 décembre 2022 ; il a été abaissé à 5 % par l'article 3 de la loi de finances pour 2023 (loi n° 2022-1726 du 30 décembre 2022), ce qui a rendu la modulation nettement plus accessible.
Les situations qui justifient une modulation à la baisse
- Départ à la retraite : la pension est presque toujours inférieure au dernier salaire, mais le taux appliqué reste calculé sur les revenus d'activité de l'avant-dernière année.
- Passage à temps partiel, congé sans solde, année sabbatique.
- Perte d'emploi ou fin de CDD non immédiatement suivie d'un nouveau contrat.
- Baisse d'activité pour un indépendant ou chute des revenus locatifs après un départ de locataire ou des travaux lourds.
Comment procéder, étape par étape
- Connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr et ouvrez « Gérer mon prélèvement à la source ».
- Choisissez « Actualiser suite à une hausse ou une baisse de vos revenus ».
- Estimez vos revenus de l'année entière (et non ceux du seul mois en cours) ainsi que votre situation de famille. C'est l'étape décisive : tout repose sur la sincérité de cette estimation.
- Le simulateur calcule le nouveau taux et vous indique s'il respecte la condition d'écart de 5 %.
- Validez : le nouveau taux est transmis aux collecteurs (employeur, caisse de retraite, France Travail, CPAM), qui l'appliquent sous deux mois environ.
Résultat attendu : un prélèvement mensuel recalculé qui colle à vos revenus réels, sans attendre la régularisation de l'année suivante.
À savoir absolument : une modulation ne vaut que jusqu'au 31 décembre de l'année en cours. Au 1er janvier, le taux issu de votre dernière déclaration reprend automatiquement. Si votre baisse de revenus se prolonge, il faut refaire la démarche chaque année. C'est l'oubli le plus fréquent chez les nouveaux retraités.
La majoration de 10 % en cas de modulation trop optimiste
La modulation à la baisse n'est pas sans risque. L'article 1729 G du Code général des impôts prévoit une majoration de 10 % lorsque le dernier prélèvement estimé se révèle inférieur de plus de 10 % au prélèvement qui aurait réellement dû être effectué. Lorsque l'insuffisance dépasse 30 %, le taux de la majoration n'est plus forfaitaire : il est égal à la moitié du rapport entre l'insuffisance constatée et le montant qui aurait dû être prélevé — donc d'autant plus lourd que l'estimation était éloignée de la réalité.
Point essentiel : cette majoration n'est pas appliquée si vous justifiez que l'estimation erronée de votre situation ou de vos revenus a été faite de bonne foi à la date de votre demande, ou qu'elle résulte d'éléments difficilement prévisibles à ce moment-là.
La conduite à tenir est donc simple : estimez prudemment, conservez la trace de ce qui fondait votre estimation (rupture de contrat, notification de pension, congé accepté), et remontez votre taux en cours d'année si votre situation s'améliore — une prime, une reprise d'activité, un nouveau locataire.
Les acomptes : indépendants, revenus fonciers, pensions alimentaires
Tous les revenus n'ont pas de collecteur. Pour les revenus fonciers, les revenus des indépendants ou les pensions alimentaires perçues, il n'y a ni employeur ni caisse pour prélever : l'administration prélève directement sur votre compte bancaire des acomptes contemporains.
- Par défaut, ces acomptes sont prélevés mensuellement, le 15 de chaque mois.
- Vous pouvez opter pour un prélèvement trimestriel : les 15 février, 15 mai, 15 août et 15 novembre.
- L'option trimestrielle, exercée avant le 30 septembre, s'applique à compter du 1er janvier de l'année suivante et se reconduit tacitement tant que vous ne la dénoncez pas dans les mêmes délais.
Ces acomptes se modulent selon la même règle des 5 % que le taux salarial. C'est particulièrement utile après la vente d'un bien locatif, un logement resté vacant plusieurs mois ou une année de gros travaux : si vous ne faites rien, vous continuez à payer des acomptes calculés sur des loyers que vous ne percevez plus. Notre guide sur la déclaration des revenus fonciers détaille le choix entre micro-foncier et régime réel, qui détermine la base de ces acomptes.
Changement de situation : le délai de 60 jours
Mariage, PACS, divorce, rupture de PACS, décès du conjoint, naissance ou adoption : ces événements modifient votre foyer fiscal et doivent être signalés à l'administration dans un délai de 60 jours via « Gérer mon prélèvement à la source ». L'administration recalcule alors votre taux sans attendre l'actualisation de septembre.
Une tolérance utile : lorsqu'une naissance et un mariage (ou un PACS) interviennent dans un intervalle de soixante jours, ils peuvent être déclarés ensemble, le délai courant à compter du dernier changement.
Ne pas déclarer un changement n'est pas neutre : après un décès ou un divorce, un taux resté calé sur l'ancien foyer conduit fréquemment à un prélèvement inadapté pendant des mois, régularisé seulement l'été suivant.
Les erreurs les plus fréquentes
1. Croire que le taux individualisé fait payer plus. Il ne modifie que la répartition entre conjoints. L'impôt total du foyer est identique au centime près.
2. Confondre modulation et changement d'option de taux. Passer du taux individualisé au taux foyer ne change pas le montant global prélevé. Seule la modulation modifie ce que vous payez réellement dans l'année.
3. Oublier de renouveler la modulation en janvier. Elle expire au 31 décembre. Un retraité qui a modulé en 2026 sans refaire la démarche en 2027 repart sur un taux calculé sur ses revenus d'activité.
4. Moduler à la baisse en oubliant un revenu. Prime de fin d'année, indemnité de départ, plus-value : l'estimation doit porter sur l'année complète, sous peine de tomber sous le coup de la majoration de l'article 1729 G.
5. S'étonner qu'un nouveau taux ne s'applique pas immédiatement. Le délai de transmission aux collecteurs est d'environ deux mois. Ce n'est pas un dysfonctionnement.
6. Utiliser le taux neutre pour payer moins. S'il est inférieur à votre taux réel, vous devez verser vous-même le complément chaque mois.
Sources officielles à consulter
- impots.gouv.fr — Gérer mon prélèvement à la source : le service en ligne pour changer d'option de taux, moduler et déclarer un changement de situation.
- impots.gouv.fr — Les différences entre les taux proposés : définitions officielles des taux personnalisé, individualisé et non personnalisé.
- economie.gouv.fr — Comment gérer votre taux de prélèvement à la source : présentation du basculement vers le taux individualisé par défaut.
- BOFiP — BOI-IR-PAS-20-30-20-10, conditions de la modulation : doctrine fiscale sur l'écart de 5 % et ses modalités d'appréciation.
- impots.gouv.fr — Les acomptes de prélèvement à la source : calendrier mensuel et option trimestrielle.
FAQ
Le taux individualisé fait-il payer plus d'impôt au foyer ?
Non. Le montant total d'impôt dû par le foyer fiscal est strictement inchangé. Le taux individualisé répartit simplement le prélèvement entre les deux conjoints en fonction de leurs revenus respectifs : celui qui gagne le moins est moins prélevé, l'autre davantage. Si vous préférez un taux unique, vous pouvez revenir au taux foyer à tout moment depuis votre espace particulier.
Je pars à la retraite en cours d'année : dois-je moduler mon taux ?
C'est le cas d'école. Votre taux applicable en 2026 est calculé sur les revenus déclarés en 2025 au titre de 2024 — c'est-à-dire sur vos salaires d'activité. Si votre pension est nettement inférieure, l'écart dépasse presque toujours 5 % et la modulation est justifiée. Attention à estimer l'année entière : les derniers mois de salaire, une indemnité de départ et la première pension se cumulent. Notre guide sur la déclaration de revenus des retraités détaille les cases et abattements qui s'appliqueront ensuite.
Puis-je moduler plusieurs fois dans la même année ?
Oui. Rien ne limite le nombre de modulations sur une même année civile ; chaque nouvelle demande remplace la précédente. Cette souplesse est même recommandée : si votre situation s'améliore après une modulation à la baisse, remontez votre taux sans attendre. Vous réduisez d'autant le risque de majoration et le solde à payer l'année suivante.
Que se passe-t-il si je ne peux pas payer le solde d'impôt en septembre ?
Une modulation à la baisse mal calibrée se traduit par un solde important à l'automne. Si vous ne pouvez pas l'acquitter, ne laissez pas la situation s'installer : un délai de paiement ou une remise gracieuse peuvent être demandés au service des impôts. Les démarches et les recours sont détaillés dans notre guide sur les impôts impossibles à payer.
Mon employeur peut-il connaître mes autres revenus grâce à mon taux ?
Votre employeur reçoit un taux, et rien d'autre : ni le détail de vos revenus, ni votre situation familiale, ni les revenus de votre conjoint. Un taux élevé peut toutefois laisser deviner l'existence d'autres ressources. C'est précisément ce que le taux neutre permet d'éviter — au prix d'un prélèvement souvent supérieur et, le cas échéant, d'un complément à verser vous-même chaque mois.
Faut-il déclarer ses revenus même si tout est prélevé à la source ?
Oui, sans exception. Le prélèvement à la source n'est qu'un mode de paiement anticipé : la déclaration annuelle reste obligatoire et c'est elle qui détermine l'impôt réellement dû, les réductions et crédits d'impôt, ainsi que votre taux pour l'année suivante. Notre guide sur la déclaration de revenus des salariés reprend le fonctionnement de la déclaration préremplie.